« Je suis en copropriété, donc le solaire, ce n'est pas pour moi. » C'est l'une des idées reçues les plus tenaces en Martinique. La réalité est plus nuancée : entre l'immeuble de Fort-de-France, la copropriété horizontale de Ducos et la villa louée à Sainte-Luce, les règles ne sont pas les mêmes — et dans la plupart des cas, quelque chose est possible. Encore faut-il savoir qui décide, à quelle majorité, et à qui revient l'électricité produite.
Copropriété : qui décide, et à quelle majorité ?
Premier réflexe : la toiture d'un immeuble est presque toujours une partie commune. Personne ne peut donc y poser des modules de sa propre initiative, même le copropriétaire du dernier étage. Le passage par l'assemblée générale est obligatoire.
Depuis 2023, un vote à la majorité simple
C'est la bonne nouvelle, et elle est encore mal connue. La loi du 10 mars 2023 relative à l'accélération de la production d'énergies renouvelables a fait basculer la décision d'installer des ouvrages solaires sur les toits, façades et garde-corps des parties communes vers l'article 24 de la loi du 10 juillet 1965, c'est-à-dire la majorité simple des copropriétaires présents ou représentés. Auparavant, il fallait réunir la majorité absolue de tous les copropriétaires (article 25), un seuil qui bloquait beaucoup de projets dans les résidences où la participation aux AG est faible. Un projet préparé, chiffré et inscrit à l'ordre du jour a donc désormais de vraies chances de passer.
Ce que la résolution doit préciser
Une résolution mal ficelée est la première cause d'échec — ou de contentieux ultérieur. Elle doit répondre à cinq questions :
- Qui est maître d'ouvrage ? Le syndicat, un copropriétaire à titre privatif ou un tiers investisseur.
- À qui va l'électricité produite ? Aux parties communes, aux logements ou au réseau.
- Qui finance, selon quelle clé de répartition ? Tantièmes généraux, tantièmes spéciaux ou tiers financement.
- Qui assure et qui entretient l'installation dans le temps, sur quelle ligne budgétaire.
- Quel devis est retenu, avec qualification RGE et assurance décennale annexées à la convocation.
💡 Le bon timing : une AG se tient en général une fois par an, et l'étude technique préalable (couverture, structure, cheminement des câbles, place au tableau) prend plusieurs semaines. Pour espérer un vote cette année, la question doit être lancée trois à quatre mois avant la convocation.
Trois montages possibles en habitat collectif
1. Alimenter les parties communes : le plus simple
La porte d'entrée la plus fréquente, et de loin la moins compliquée juridiquement. L'installation appartient au syndicat et alimente ce que la copropriété consomme déjà : éclairage des circulations et du parking, pompes de relevage, surpresseurs, portails, ventilation, ascenseur. En Martinique, ces postes tournent toute l'année et surtout en pleine journée : le profil colle à la courbe de production solaire. Ni partage entre logements, ni nouveau compteur — l'économie se lit directement sur les charges communes.
2. L'autoconsommation collective : partager la production entre logements
Le montage est plus ambitieux : une même production alimente plusieurs points de livraison — plusieurs appartements ou bâtiments proches. Longtemps réservée à l'Hexagone, cette possibilité a été étendue aux départements d'outre-mer par l'ordonnance du 26 février 2020, ce qui a levé l'obstacle excluant les zones non interconnectées comme la Martinique. Trois conditions structurent le projet :
- Une personne morale organisatrice (PMO) — association, société, syndicat des copropriétaires — qui fait le lien avec le gestionnaire de réseau et fixe la clé de répartition entre participants.
- Un périmètre géographique restreint : les participants les plus éloignés doivent rester dans la distance maximale fixée par la réglementation (2 km dans le cas général) — ce qui convient bien à un immeuble ou à un petit ensemble résidentiel.
- Des compteurs communicants pour chaque participant, et un dossier déposé auprès d'EDF SEI, gestionnaire du réseau en Martinique.
C'est le montage le plus intéressant sur le papier pour faire baisser la facture des occupants, mais aussi le plus exigeant : il faut une adhésion réelle des participants et quelqu'un pour porter la PMO dans la durée.
3. La toiture valorisée en vente au réseau
Troisième voie : la copropriété ne consomme pas sa production, elle la vend. La toiture peut être exploitée par le syndicat ou mise à disposition d'un tiers investisseur qui finance et entretient l'installation, les revenus venant alléger le budget. Le raccordement et le contrat d'achat avec EDF SEI suivent le même principe que pour une maison individuelle — voir notre article sur la revente de surplus en Martinique. Au-delà d'un certain niveau de puissance, le raccordement devient toutefois un projet à part entière, avec étude et délais spécifiques.
Vous êtes locataire : ce que vous pouvez faire
Des panneaux : l'accord écrit du bailleur d'abord
La règle est claire. L'article 7 de la loi du 6 juillet 1989 interdit au locataire de transformer le logement ou ses équipements sans l'autorisation écrite du propriétaire. Poser des modules en toiture sans cet accord, c'est s'exposer à devoir tout déposer à ses frais à l'état des lieux de sortie, sans aucune indemnisation.
La démarche efficace : en parler d'abord au bailleur avec des chiffres, puis formaliser la demande par écrit (travaux, entreprise, assurance, sort de l'installation en fin de bail). L'argument qui porte le plus : une installation solaire améliore durablement le bien et le rend plus attractif à la relocation, surtout si un dispositif de secours permet de passer les coupures. Si le logement est lui-même en copropriété, le passage en AG reste nécessaire.
Une borne de recharge : le droit à la prise change tout
C'est là que locataires et copropriétaires disposent d'un vrai levier juridique : le droit à la prise permet de faire installer une borne sur sa place de stationnement, à ses frais, sans vote préalable de l'assemblée générale.
- Le locataire adresse sa demande par lettre recommandée avec accusé de réception à son bailleur, qui la transmet au syndic pour inscription à l'ordre du jour de la prochaine AG — pour information, non pour autorisation.
- La demande doit être accompagnée d'un descriptif détaillé des travaux et d'un plan ou schéma.
- Le syndic dispose d'un délai de trois mois pour s'y opposer, et uniquement devant le tribunal judiciaire, pour un motif sérieux et légitime : impossibilité technique, existence d'une installation collective de recharge, ou projet d'en réaliser une.
- Passé ce délai sans opposition, les travaux peuvent démarrer.
En pratique, la qualité de l'étude électrique fait toute la différence : puissance disponible, pilotage de la charge, comptage individualisé, sécurité incendie du parking. Nous détaillons ces points sur notre page bornes de recharge IRVE en Martinique et dans notre article dédié à la borne de recharge à domicile.
Les contraintes propres à la Martinique
Un projet en habitat collectif ici ne se traite pas comme un projet hexagonal. Trois points reviennent systématiquement :
- La tenue au vent cyclonique. Le dimensionnement des fixations et le calepinage doivent être justifiés pour notre zone : c'est un point que les copropriétés ont raison d'exiger par écrit, et que nous abordons dans notre guide sur les panneaux solaires face aux cyclones.
- L'ambiance saline. Sur les immeubles littoraux — Schœlcher, Fort-de-France, Le Robert — visserie inox, profilés anodisés et coffrets étanches ne sont pas une option de confort mais une condition de durabilité.
- L'état de la toiture et l'accès. Toiture-terrasse à étanchéifier, tôle vieillissante, absence de garde-corps, cheminement de câbles jusqu'aux tableaux : sur un immeuble, ce sont ces sujets — plus que les modules — qui déterminent la faisabilité et le prix.
S'y ajoutent la déclaration préalable en mairie, l'avis de l'architecte des Bâtiments de France en secteur protégé et la demande de raccordement à EDF SEI. Côté aides, la prime à l'autoconsommation peut atteindre 9 360 € en Martinique, mais son application à un projet collectif dépend du montage — maître d'ouvrage, puissance, part autoconsommée, contrat EDF SEI. À faire vérifier avant de présenter un budget en assemblée générale.
En résumé
- Depuis 2023, le solaire sur parties communes se vote à la majorité simple (article 24).
- Le montage le plus simple à faire adopter reste l'alimentation des parties communes, dont la consommation diurne colle à la production solaire.
- L'autoconsommation collective est ouverte aux DOM depuis 2020 : PMO, périmètre restreint, compteurs communicants et dossier EDF SEI.
- Le locataire a besoin de l'accord écrit du bailleur pour des panneaux, mais dispose du droit à la prise pour une borne de recharge.
- Ici, tenue au vent, ambiance saline et état de la toiture pèsent autant que le droit dans la faisabilité.
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